La première croisade, prêchée en 1095 par le pape Urbain II à Clermont-Ferrand, se solde en 1099 par la prise de Jérusalem par les Croisés. Le nombre de pèlerinages vers Jérusalem augmente alors de façon importante.
Quelques années plus tard, du fait de l’insécurité qui règne alors en Terre Sainte, désormais constituée en états latins, apparaissent deux ordres religieux chargés de la protection des pèlerins : celui des Hospitaliers, créé en 1113 avec pour mission l’accueil et le soin des pèlerins, et celui des Templiers, créé en 1120 pour assurer la protection des pèlerins.
Ils occupent successivement la commanderie du Larzac, les Templiers de 1152 à 1307, puis les Hospitaliers de 1312 à 1792, date de la Révolution française.

La Milice des Pauvres chevaliers du Christ qui deviendra l’ordre du Temple est créé à Jérusalem en 1119 par le chevalier Hugues de Payens. Premier ordre à la fois religieux et militaire, première armée permanente du Moyen Age, les « moines soldats » s’engagent à faire profession monastique tout en assurant par les armes la protection des pèlerins et la défense de la Terre Sainte.
Pour assurer la logistique économique et financière de ceux qui combattent en Orient, leurs commanderies se répandent en Europe, à la fois centres de recrutement et bases logistiques servant à l’approvisionnement de leurs forteresses en Orient.

Commanderie est le nom est le nom donné à la structure administrative templière de base, regroupant une maison principale avec les domaines et les maisons qui en dépendent. Elle possède toujours une église où se déroulent les offices, la messe quotidienne et la réception des nouveaux frères
L’Ordre de l’Hôpital est créé en Orient, quelques années avant l’ordre du Temple avec pour but « d’accueillir, de soigner et d’offrir l’hospitalité ». Ce n’est que plus tardivement que, tout comme les Templiers, ils protègent les pèlerins sur les routes, possèdent des places fortes et deviennent un ordre à la fois militaire et religieux.
Ils prennent part aux nombreuses guerres qui émaillent l’histoire des Etats Latins jusqu’à la chute d’Acre en 1291 qui les chasse de leur dernière place forte en Terre Sainte. Les Hospitaliers reçoivent de Charles Quint l’île de Malte en 1530 et prennent alors le nom de « Chevaliers de l’Ordre de Malte ».
Cet ordre existe encore aujourd’hui et poursuit sa vocation humanitaire dans le monde entier.

L’histoire connue du village de Sainte-Eulalie et de sa commanderie débute officiellement en 1152.
Raymond, abbé de Saint-Guilhem-le-Désert dont l’abbaye connait alors des problèmes pécuniaires, cède aux Templiers, déjà présents en quelques endroits du Larzac, l’église de Sainte-Eulalie, contre une rente annuelle de quelques 80 sols melgoriens et de 6 fromages par an (l’ancêtre du roquefort).
Grâce à une extraordinaire donation qui leur est faite en 1159, les Templiers décident de s’implanter plus largement sur le Larzac et y construisent une commanderie de type couvent/forteresse qui va devenir l’une des plus importantes du Midi de la France.
Ce bâtiment témoigne de six cents ans de présence des ordres religieux et militaires sur le Larzac. Son architecture, comme celle du village, porte la trace des évolutions du modes de vie de ses occupants et des ruptures qui ont marqué l’histoire nationale et locale.
Le village, constitué de quelques maisons à l’arrivée des Templiers, se développe au fil du temps et s’organise autour et avec la commanderie du Larzac.



A partir du début du 14e siècle, les Hospitaliers remplacent les Templiers dont l’ordre a été dissous.
Au 15e siècle, en raison du climat d’insécurité dû à la guerre de Cent ans, ils édifient, à la demande des villageois qui paient une partie des travaux, « les remparts du Larzac » à Sainte-Eulalie, mais aussi à la Cavalerie, à la Couvertoirade, et au Viala du Pas de Jaux. Ces fortifications protégeront les villageois jusqu’aux guerres de religion.
Au cours du 17° siècle, les commandeurs Hospitaliers apportent aux rues de Ste Eulalie le charme et l’agrément du Sud avec les aménagements effectués, place, fontaines, jardins, ou nouveaux bâtiments d’habitation.
La forteresse devient demeure privée où le confort trouve sa place. La vie conventuelle a disparu au profit d’une vie laïque marquée par une ostentation luxueuse tant dans le domaine religieux (le portail de l’église par exemple) que privé (la salle des fresques ou les appartements privés du commandeur).
En 1792, Le dernier commandeur des Hospitaliers est poussé à l’exil par la Révolution française. Il finit sa vie à Malte et y meurt en 1794.
La Commanderie du Larzac est déclarée « Bien national » puis démembrée et vendue à 8 propriétaires différents. Certaines familles ayant acheté un des lots habitent toujours actuellement une partie des bâtiments de la commanderie.
En 1970, les habitants de Sainte Eulalie rachètent la majeure partie du bâtiment pour en faire un lieu public et culturel. Après un important travail de restauration, la commanderie du Larzac est rétrocédée à la municipalité et ouverte à la visite.
Aujourd’hui encore, la salle d’honneur est utilisée pour divers événements, mariages, colloques, rencontres. Elle reste un témoignage vivant de la vie communautaire des frères chevaliers et de l’évolution des ordres militaires au fil des siècles. Elle est aussi, au cœur du village, un patrimoine relié à l’histoire de chacun des habitants.